HISTOIRE DU VILLAGE ET SA REGION
Le village d’Amagaz est un village berbère situé dans la commune de M’cisna (daïra de Seddouk), dans la wilaya de Béjaïa, au cœur de la région de la Basse Soummam en Kabylie
Sur le plan historique et culturel, l’histoire d’Amagaz s’inscrit dans la trajectoire globale des villages de haute et moyenne montagne kabyles.
Les origines et l’organisation sociale
- Racines amazighes : Comme l’ensemble des localités de la région, Amagaz est peuplé par la communauté autochtone des Imazighen (Berbères), dont la présence est millénaire.
- Société villageoise (Tajmaat) : Traditionnellement, le village s’est structuré de façon autonome autour de la Tajmaat (l’assemblée du village). Cette assemblée de notables gérait la justice locale, la solidarité (système laTouiza) et la répartition des ressources.
- Économie de subsistance : L’histoire économique d’Amagaz est intimement liée à l’arboriculture montagnarde, principalement la culture de l’olivier (production d’huile d’olive) et des figuiers, complétée par l’élevage caprin et l’artisanat.
Résistance et période coloniale
- Insurrections du XIXe siècle : La région de Seddouk et de la Soummam a été l’un des épicentres de la grande insurrection de 1871 menée par le leader Cheikh El Mokrani et le chef spirituel de la confrérie Rahmaniya, Cheikh Aheddad (originaire de Seddouk). Amagaz et les villages environnants ont lourdement subi les représailles coloniales françaises qui ont suivi l’échec de la révolte (séquestre des terres fertiles et amendes collectives]
- Guerre d’indépendance (1954-1962) : Pendant la guerre d’Algérie, la zone de la Soummam a été un bastion crucial pour le FLN/ALN (Wilaya III). C’est d’ailleurs dans la commune voisine d’Ouzellaguen que s’est tenu le célèbre Congrès de la Soummam en août 1956. Les villages de la région comme Amagaz ont servi de refuges et de zones de ravitaillement pour les maquisards, s’attirant de violentes opérations de ratissage et de répression de la part de l’armée française]
Préservation de l’identité et mémoire
- Le rôle des zaouïas : La présence du nom de « Sidi Saïd » accolé ou lié au village témoigne de l’implantation historique du maraboutisme et des zaouïas (écoles coraniques et spirituelles), qui ont joué un rôle majeur dans la préservation de la cohésion sociale et de l’enseignement au fil des siècles.
- Transmission moderne : À l’instar des autres villages de la Soummam, Amagaz reste aujourd’hui un gardien de la langue tamazight et des traditions kabyles, rythmées par les fêtes paysannes et la célébration annuelle de Yennayer (le nouvel an berbère).
1. La Confédération (Arch) historique :
Les Imsisen (M’cisna)
Le village d’Amagaz appartient à la confédération (ou tribu) des Imsisen (qui a donné le nom francisé de M’cisna).
Origines et Territoire ancestral : Les Imsisen forment une confédération berbère de la Basse Kabylie (Kabylie des Babors) établie sur la rive droite de la vallée de la Soummam. Historiquement, cette tribu s’est constituée en s’adaptant au relief escarpé de la région pour se prémunir des incursions des plaines, tout en maintenant des liens étroits avec la puissante confédération voisine des Aït Abbas (liée au Royaume de Koukou et aux seigneurs de la Kalâa.
- Le Code d’honneur et de gestion : À l’époque précoloniale, la vie à Amagaz et dans les villages Imsisen était régie par les qanouns (lois coutumières kabyles). Chaque village disposait de sa propre assemblée (Tajmaat), mais en cas de menace commune (conflits inter-tribus ou résistance contre le pouvoir beylical ottoman de Constantine), les représentants de l’ensemble de l’Arch des Imsisen se réunissaient pour sceller des alliances militaires et économiques.
2. Géographie actuelle et voies d’accès
Le village d’Amagaz bénéficie d’une position typiquement kabyle, nichée en moyenne montagne
Situation géographique : Le village est situé dans la wilaya de Béjaïa, au sein de la daïra de Seddouk. Il fait partie intégrante de la commune de M’cisna (dont le chef-lieu se trouve à proximité immédiate d’Amagaz et de Tighermine). Il surplombe le versant est de la vallée de la Soummam.
- Voies d’accès depuis Béjaïa (chef-lieu de wilaya) :
- Prendre l’axe routier principal de la vallée, la Route Nationale 26 (RN26) en direction de Bouira/Alger.
- Arrivé au niveau de la ville de Seddouk ou d’Akbou/Ouzellaguen, traverser la rivière Soummam.
- Emprunter la route sinueuse de montagne (W141 ou axes communaux menant vers M’cisna) qui monte vers les hauteurs. Amagaz se trouve à quelques kilomètres seulement au sud-est du centre urbain de M’cisna.
3. Figures historiques et spirituelles de la micro-région
L’histoire de cette micro-région est fortement marquée par le mysticisme soufi et l’érudition religieuse, qui ont servi de remparts identitaires.
- Sidi Saïd : Le nom même accolé à la localité vient d’un saint patron vénéré localement. Sidi Saïd était un érudit soufi et un marabout qui a fondé une célèbre Zaouïa (école coranique) dans cette montagne. Durant des siècles, cette zaouïa a rayonné sur toute la Basse Soummam. Elle ne formait pas seulement des imams, mais servait de tribunal arbitral pour apaiser les tensions entre les villages de l’Arch et offrait l’asile aux nécessiteux
- La connexion avec Cheikh Aheddad : Bien que le grand leader spirituel de l’insurrection de 1871, Cheikh Aheddad (Mohand Améziane Al-Haddad), soit originaire du village de Seddouk Oufella juste à côté, son influence sur Amagaz fut totale. En tant que chef de la confrérie de la Rahmaniya, il supervisait le réseau de zaouïas de la région (y compris celle de Sidi Saïd). Lorsque le 8 avril 1871, le vieux Cheikh proclama le Djihad contre l’armée coloniale française au marché de Seddouk, les hommes d’Amagaz et de tous les villages Imsisen ont immédiatement pris les armes à ses côtés.
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1. Traditions agricoles : L’Oléiculture au cœur de l’identité
L’économie d’Amagaz et de la commune de M’cisna repose historiquement sur l’arbre sacré de la Kabylie : l’olivier. La récolte reste un moment charnière de l’année.
Le rituel de Thimechret (ou Louziâa) : Traditionnellement, avant le coup d’envoi officiel de la cueillette à l’automne, les villages organisent Thimechret. Les villageois sacrifient des bovins ou des caprins et partagent équitablement les parts de viande entre toutes les familles, riches ou pauvres. Ce rituel ancestral de solidarité vise à souder la communauté et à appeler à la bénédiction divine pour que la récolte soit abondante
La cueillette familiale : Dès le mois de novembre, les champs d’Amagaz s’animent. La récolte est une activité collective impliquant hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Les olives sont traditionnellement cueillies à la main ou gaulées à l’aide de perches souples en bois, puis recueillies sur de grands filets étendus au sol. Les variétés locales et la trituration :
Le terroir de la Basse Soummam exploite principalement les variétés d’olives Chemlal (très majoritaire pour l’huile), Limli et Azeradj. Le traitement (la trituration) se fait dans la région via un tissu d’huileries combinant modernité et héritage :
- Des huileries traditionnelles à meule de pierre et pressoir hydraulique, préservant une huile à l’odeur très prononcée.
- Des huileries automatiques modernes qui se développent rapidement pour augmenter les rendements et répondre aux normes de commercialisation nationale et d’exportation
2. Projets de développement et aménagement de M’cisna
Sur le plan moderne, la commune de M’cisna bénéficie d’une attention particulière liée à son enclavement montagnard et à son fort potentiel agroalimentaire.
Soutien à la filière oléicole et produits du terroir :
Dans le cadre du Plan d’Aménagement de la Wilaya de Béjaïa, M’cisna s’intègre dans la sous-zone agricole de Seddouk. La commune bénéficie de régimes d’avantages liés à l’investissement pour créer des micro-unités de conditionnement d’huile d’olive, de collecte de miel et de transformation des plantes médicinales locales.
Infrastructures de proximité à Seddouk : Étant rattachée à la daïra de Seddouk, M’cisna profite des grands chantiers de la plaine voisine, notamment le développement de la zone d’activité de Malako. Des projets de silos de stockage de céréales de proximité y ont été implantés sous l’égide de l’État pour sécuriser les ressources alimentaires de la micro-région
Désenclavement routier et raccordements : Les principaux défis de développement actuels pour les villages d’altitude comme Amagaz tournent autour du renforcement du réseau routier communal (modernisation des axes reliant M’cisna à la RN26 et de la finalisation des réseaux d’alimentation en eau potable et de gaz de ville, indispensables pour freiner l’exode rural vers les villes de la vallée (comme Akbou ou Béjaïa).
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Voici les détails approfondis pour chacun de ces trois aspects fondamentaux du patrimoine culturel et historique de la région.
1. Gastronomie kabyle de la Soummam : La célébration de l’huile d’olive À Amagaz et dans toute la commune de M’cisna, la cuisine traditionnelle est le reflet direct du terroir montagnard : elle est simple, nutritive, et utilise l’huile d’olive comme ingrédient central et sacré.
- Aghrum (Le pain traditionnel) :
- Aghrum Aquran (pain galette dur) : Préparé à base de semoule de blé, d’eau, de sel et d’une quantité généreuse d’huile d’olive. Cuit sur un tajine en terre cuite, il accompagne le café, le lait caillé (Ighi) ou les poivrons grillés.
- Aghrum n’Yisni ou Aghrum n’Udhel : Une variante enrichie d’herbes sauvages (menthe, oignons verts, parfois de la graisse séchée ou du piment) récoltées dans les montagnes autour du village.
- Amekfoul (ou Seksou n’Tfouth) :
- C’est le couscous traditionnel cuit à la vapeur, mélangé exclusivement avec des légumes de saison coupés en petits dés (petits pois, fèves, carottes, navets, courgettes) sans aucune viande.
- Une fois le couscous et les légumes cuits, le plat est généreusement arrosé d’huile d’olive fraîchement pressée (souvent celle de la dernière récolte de l’année). Il est traditionnellement consommé au printemps et durant la saison de la cueillette.
- Le réconfort de l’hiver : Les plats d’hiver incluent le Berboucha (couscous aux légumes secs et herbes) ou la Tikourbabine (boulettes de semoule épicées et parfumées à la menthe sauvage, cuites dans un bouillon de légumes).
2. Le fonctionnement traditionnel de la Tajmaat
La Tajmaat (l’assemblée des citoyens) est l’institution démocratique ancestrale qui a permis aux villages kabyles comme Amagaz de s’auto-gouverner de manière totalement autonome pendant des siècles, y compris face aux puissances extérieures.
- Une démocratie participative directe :
- Tous les hommes du village ayant atteint l’âge de la majorité coutumière (souvent l’âge de travailler ou de porter les armes) ont le droit et le devoir de siéger à l’assemblée.
- Les réunions se tiennent sur la place publique du village (Amechkour ou Tajmaat), souvent un espace dallé avec des bancs en pierre disposés en cercle.
- Le Conseil des Sages et l’Amin :
- L’assemblée élit un chef exécutif appelé l’Amin (ou Amghar n’Taddart), choisi pour sa sagesse, son intégrité et sa connaissance des coutumes. Il est assisté par des représentants des différents grands quartiers ou grandes familles du village (Thakharrubth).
- Le Qanoun (Code lois) :
- Chaque village possède son propre Qanoun, un ensemble de lois orales (parfois transcrites) qui fixent les amendes et les peines pour les délits (vols, insultes, dégradations des récoltes ou des sources d’eau).
- La solidarité obligatoire (Touiza / L’âachour) :
- La Tajmaat décrète les journées de travail d’intérêt général (entretien des pistes, nettoyage des fontaines, construction de la maison d’un villageois indigent ou d’un jeune marié). Refuser d’y participer sans motif valable expose à une amende sévère ou à la mise au ban de la communauté (Amguel), la pire des sanctions sociales.
